• Elisa Azogui-Burlac

Conseils psycho : Tout savoir sur l'énurésie ou le pipi au lit

Updated: Jan 3


Mon enfant fait pipi au lit. Est-ce psychologique ? Comment réagir ? Faut-il remettre la couche ? Linda Slama-Marx, psychanalyste, a travaillé plus de vingt ans dans un service de pédopsychiatrie. Elle livre dans cet article les points clés à savoir sur l'énurésie et ses conseils pour les parents et les enfants.




L'énurésie de l'enfant en quelques points clés


La maîtrise des sphincters anaux et urétraux par l’enfant entre 2 et 3 ans, se passe en relation étroite avec l’entourage et d’abord avec la mère qui demande à l’enfant d’exercer sa maîtrise sphinctérienne dans des conditions bien précises. L’enfant doit répondre à la fois aux lois biologiques liées à son développement mais également aux lois sociales. C’est pourquoi la maîtrise sphinctérienne peut devenir un symptôme privilégié d’une difficulté relationnelle avec l’entourage ou d’un conflit intra-psychique.


Les troubles les plus fréquents de l’enfant concernent l’énurésie nocturne qui se caractérise par des mictions involontaires chez l’enfant de plus de 5 ans.


On distingue :

- l’énurésie primaire : la plus fréquente (80% des cas) : l’enfant n’a jamais cessé de faire pipi au lit. L’enfant urine pendant son sommeil. Il n’en garde aucun souvenir et s’en aperçoit en se réveillant trempé.

-l’énurésie secondaire : la survenue d’une énurésie qui succède à une période de propreté complète d’au moins 6 mois.

Caractéristiques de l’énurésie nocturne


L’enfant urine pendant son sommeil et n’en garde aucun souvenir le lendemain matin. Il s’en aperçoit en se réveillant trempé. Dans quelques cas l’enfant fait des rêves mouillés.

La réaction de l’entourage est le plus souvent caractérisée par l’intolérance et l’agressivité. Les parents supportent mal les dommages occasionnés à la literie et le surcroit de travail que cela leur donne.


De ce fait l’énurésie peut devenir source de conflit secondaire entre la mère et l’enfant. Mais cela peut être aussi une source de bénéfices secondaires pour l’enfant en raison des soins prodigués par les parents à cette occasion ou le fait de se retrouver à dormir dans le lit des parents pour le reste de la nuit

Facteurs étiologiques de l’énurésie

- Héréditaires : il n’est pas rare de trouver chez les ascendants des antécédents d’énurésie.

- L’immaturité neuro-motrice de la vessie : la capacité de la vessie augmente avec l’âge et le volume d’urine. Certaines études ont montré quels vessie d’un enfant énurétique se comportait comme une vessie d’enfant plus jeune.

- La profondeur du sommeil : mais il semblerait que les études sur le sujet n’ont montré aucune anomalie particulière. La miction survient pendant le sommeil lent et souvent juste avant l’apparition d’une phase de rêve que parfois elle vient remplacer.

- Les facteurs psychologiques divers et variés qui entrent en interaction avec les autres causes.


Réponses et conseils aux questions des parents

Quand enlever la couche ?


Le jour : L’apprentissage de la propreté se fait entre 2 et 3 ans. On peut commencer à enlever la couche le jour quand l’enfant maîtrise un peu ses sphincters et qu’il arrive de temps en temps à faire dans le pot.


D’enlever la couche le jour fait parti de l’apprentissage de la propreté. Cela oblige l’enfant à faire attention à ses besoins anal et urinaire et d’y répondre progressivement de manière autonome. D’ailleurs à cette période, l’enfant passe souvent de la peur du pot au désir d’y trôner au milieu du salon en permanence.


La nuit : Quand l’enfant est propre le jour, on peut essayer de lui enlever les couches la nuit. Soit la maîtrise sphinctérienne est acquise et à part quelques accidents, l’enfant ne fait pas pipi au lit, soit à l’inverse, sauf cas exceptionnel, il fait pipi au lit toutes les nuits.


Dans ce cas, au bout d’un mois ou deux, il faut remettre les couches en regardant avec lui le matin si elles sont mouillées ou non.


Le fait de remettre les couches la nuit permet que la question de l’énurésie ne soit pas dramatisée et trop investie affectivement et matériellement ( réveils la nuit, lavages constants des draps, fatigue et énervement des parents etc) et que ce symptôme vienne parasiter la relation parents enfant.


Comment réagir face à ce symptôme ?


Je ne crois pas, dans la plupart des cas, que l’énurésie primaire soit d’origine psychologique. Il s’agirait le plus souvent d’une immaturité neuro motrice de la vessie. Ce qui expliquerait la relative fréquence d’énurésie familiale. Ainsi on retrouve dans la généalogie des familles de pisseurs de parent en enfant. D’autre part ce symptôme est plus présent chez les garçons que chez les filles.


Par contre l’énurésie peut devenir un symptôme psychique dans un second temps, quand l’apprentissage sphinctérien se fait trop tôt, avec une grande exigence des parents à cet égard, alors que les enfants non pas la maturité psychique pour y parvenir. Dans ce cas il s’agit d’un dressage ou d’un conditionnement qui peuvent avoir des effets délétères par la suite, pour le développement de l’enfant ou dans la relation parents enfant. Quand l’énurésie est trop chargée émotionnellement dans la relation parents enfant, elle peut devenir un symptôme psychologique majeur et retarder sa disparition.


En aucun cas il ne faut punir l’enfant qui n’est absolument pas responsable de ce symptôme, même si il peut y trouver des bénéfices secondaires, comme de se retrouver à dormir dans le lit des parents une partie de la nuit.


Il ne faut ni le gronder, ni l’obliger à laver ses draps pour soi-disant le responsabiliser. Cela ne peut aboutir qu’à une culpabilisation de l’enfant et à un sentiment d’échec.


Je pense que la meilleure méthode est de dédramatiser, remettre la couche le temps qu’il faut, tout en faisant participer l’enfant à l’évolution du symptôme : comme constater avec lui le matin si la couche est mouillée ou sèche.


Si elle est sèche plusieurs jours de suite, il ne s’agit pas de récompenser l’enfant, mais plutôt de fêter avec lui la bonne nouvelle, d’une façon ou d’une autre.



Quand consulter ?


Quand le symptôme perdure au de là de 7 ans, il est souvent mal vécu par l’enfant qui peut en avoir honte, d’autant que l’énurésie nocturne ne facilite pas la vie sociale. L’enfant ne peut pas aller dormir chez les copains ou même inviter un copain à dormir à la maison. C’est également compliqué pour les séjours scolaires ou les colonies de vacances.


Quand également l’énurésie devient une source de conflit dans la relation parent enfant, il est intéressant d’aller consulter un psy pour discuter de tout cela, celui ci pouvant rassurer l’enfant et faire fonction de médiateur entre lui et ses parents. Le psy peut aussi rassurer des parents trop inquiets concernant l’évolution de leur enfant


En général l’énurésie nocturne disparait quand la maturation neuro motrice est acquise.

Au plus tard l’énurésie disparait au moment de la puberté.


Quoi qu’il en soit, moins ce symptôme est chargé émotionnellement, plus vite il disparaîtra.


* Cet article s'appuie sur le livre Enfance et psychopathologie, Daniel Marcelli, David Cohen, 10ème édition, Elsevier Masson.


Pour aller plus loin, lisez mon témoignage Mon enfant fait pipi au lit : le parcours des parents en 10 étapes clés


Et écoutez le podcast "Je fais pipi au lit" qui se place du point de vue de l'enfant :




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