• Elisa Azogui-Burlac

YOLO !

Faire des choix, c’est renoncer. Je sais, c’est le genre de phrase cliché que tu entends dans les séries américaines bien moralisatrices, et pourtant aujourd’hui, cette expression fait écho chez moi. En commençant des recherches pour un nouvel emploi, j’ai en effet réalisé que des décisions prises même il y a dix ans, ont aujourd’hui des conséquences. Mes choix ont des conséquences… Sans blague, je n’avais jamais vu la vie sous cet angle avant. You Only Live Once (YOLO), c’est une certitude, car si on n’a qu’une vie, passées certaines étapes, on ne peut plus la réinventer et l'inaccompli n’est plus à faire. Ça fait mal de grandir (non, pas de vieillir,  je connais le terme YOLO quand même) !





Je m'étais toujours dit que je changerais de carrière, que je ferais UN JOUR un métier qui me plairait. Je suis de la génération des années 2000, celle qui a vu le marketing se développer avec l'ère du digital et de la multiplication du contenu en ligne. Alors, comme beaucoup de ma promo, j’ai été projetée dans ce secteur hybride entre l'éditorial et la publicité, et je n’ai toujours pas réussi à en sortir.


Je suis devenue Chef de projet en plus. Ma compétence consiste à planifier et à organiser les vraies compétences des autres ! Alors quand passée la trentaine, je me pose la question de mes réelles capacités, “it is complicated”:

- Vidéo - oui et non

- Réseaux sociaux - oui et non

- Data - oui et non

- Website built - non mais oui

- Vente - non mais oui

- Marketing - oui et non


Ok c’est la déprime, mais regarde quand même mon CV, je sais faire un budget, planifier, parler, écrire, et surtout, “organiser les compétences des autres”, faut bien un chef d’orchestre, non ? Et je suis sympa, enfin si t’aimes la ‘French touch” car même après 7 ans dans ce pays où retenue et politesse sont de mise, je n’ai pas réussi à prendre le pli. Je reste cash, directe, je ne respecte pas vraiment la hiérarchie et je déteste par dessus tout le mot “empowerment” !


Que voulez-vous, on n’abandonne pas ses racines si facilement, et comparés aux Anglais, en France, on est des rebelles ! On descend dans la rue nous quand on n’est pas contents ! Un Frenxit ? T’aurais pas pu marcher Place De La République pendant une année entière, référendum ou pas ! … Bon allez, j'arrête car ça va mal finir !


Mais tout cela n’avait aucune importance car j’allais changer de métier ! Je ne sais plus si je suis de la génération X ou Y, mais à moi aussi on m’a vendu qu’il fallait être heureux, être soi-même et s'épanouir au travail ! “Come as you are”, c’est Mc Do qu’il le dit !


Mais voilà quand j’ai quitté mon boulot, sans même en avoir un autre (impulsive ? moi ?!), toutes ces jolies théories m’ont laissé tomber. C’est trop tard,  je ne deviendrai pas une spécialiste de l’art, du théâtre ou du cinéma, ni une productrice télé ou une journaliste et encore moins une conservatrice de musée ! Tous ces centres d'intérêts resteront seulement des loisirs à mentionner dans le dernier paragraphe de mon CV, pour me donner un peu d’originalité.


Non, je ne vais pas me réinventer car j’ai fait des choix qui organisent ma vie d’aujourd’hui et de demain. Je n’ai plus 20 ans, j’ai deux jeunes et beaux enfants, j’aime notre confort et je n’ai ni la disponibilité, ni l'énergie, ni même l’envie de tout chambouler, pour des projets, juste des projets. Je ne veux pas de carrière puisque de tout façon je n’aime pas mon boulot et je n’ai pas de vraie passion qui justifierait que je m’y jette corps et âme. Alors autant que j’aie du temps pour mes gosses. Ils me rendent folle, mais je crois que je préfère leur enthousiasme à découvrir le monde à celui d’un planneur strat sur un brief marketing !


Attention, que les choses soient claires, je ne veux pas arrêter de bosser, mais j’aimerais que mon prochain travail n’ait pas trop d'importance. Oui, je veux pouvoir m’y engager mais aussi m’en soustraire, de temps à autre, quand j’en ai besoin ou envie.


Je ne demande pas à mon futur job de me construire personnellement, et je n’ai pas besoin de “respirer” les valeurs de ma prochaine entreprise. Je suis sérieuse et efficace au travail mais mon air, il vient de mes poumons et cela me suffit comme ça.


Et surtout, j’aimerais ne pas culpabiliser de penser ainsi. J’en ai marre de cette tendance actuelle à demander à tout le monde de se dépasser, d’aller au bout de ses passions !  De nos jours pour être quelqu’un qui “sort du lot”, il faut être créatif, foodie, entrepreneur, parent, fashion, beau, sympa, sportif, curieux, engagé, fêtard, moderne, carriériste, ambitieux, motivé, responsable, proactif !  D’ailleurs les offres d’emploi sont à pleurer : “Are you a passionate, self motivated, ambitious, creative, hard worker, team player person… this job is for you!”


T’es au courant que  la vie ce n’est pas une pub Nike en fait ?!  Et puis, si je ne suis rien de tout ça, je suis quoi alors ? Après tout YOLO Dude !  Et j’aimerais bien qu’elle soit un peu tranquille ma seule vie si tu le permets !


(Post it: ne pas partager mon blog avec mon futur employeur)

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