• Elisa Azogui-Burlac

C’est quoi être une mère suffisamment bonne ?



Je m’y accroche à la Mère suffisamment bonne, dès que je crie sur mes enfants et que je culpabilise d’avoir crier ; les jours où j’aimerais faire autre chose, et que je culpabilise de ne pas avoir envie d’être avec eux ; les fois où j’oublie le goûter, les devoirs, ou d’avoir demander à la baby-sitter si tout allait bien. Quand je commande McDo parce qu’il n’y a pas moyen que je sorte une casserole et que je me sens coupable en nous regardant kiffer nos burgers. Les heures où la télé reste allumée et que je sors même l’Ipad pour éviter les conflits audiovisuels parce que je n'ai juste pas le courage. Les soirs de baby-sittings où mes enfants me font culpabiliser à coup de “Encore !” et de “Ce sera toute la vie, tous les samedis soirs ?”.


Durant tous ces moments de grande culpabilité parentale, je me retourne mentalement vers l’image de cette mère suffisamment bonne, comme ma Marie à moi, ou plutôt mon antéchrist de la mère juive et je me dis “Bon, ce n’est pas la folie mais ça ira quand même !”. Je me dis même que c'est OK d’être égoïste de temps en temps …


Et j’ai tout faux ! Car c’est encore bien trop culpabilisateur de penser comme ça ! Mais qu'il est dur de se défaire de cette représentation d'une maternité sacrificielle. Devenir mère revient à être l’actrice principale du programme “Jugée coupable”


Alors c’est quoi au juste être une Mère suffisamment bonne, une notion théorisée par le pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott ?


Réponse avec la psychanalyste Linda Marx :


Dans quel contexte est née la notion de mère suffisamment bonne ?


Donald Winnicott est un pédiatre britannique né à la fin du 19ème siècle qui s’est très tôt intéressé aux aspects psychologiques de la pédiatrie. C’est ainsi qu’il en est venu à faire une psychanalyse et qu’il s’est spécialisé comme psychanalyste pour enfants.

Ce qui est particulièrement intéressant avec Winnicott, c’est qu’il est avant tout un clinicien.


Ses théorisations sont toujours directement en lien avec des questionnements sur sa pratique auprès des enfants qu’il soigne. Il a été marqué par la souffrance des enfants au cours de la 2ème guerre mondiale. Winnicott n’est jamais déconnecté de la réalité et attache une grande importance à l’environnement.


Cette notion d’environnement joue selon lui un rôle essentiel dans le développement de l’enfant et en particulier l’environnement maternel et les liens qui vont se nouer très tôt entre la mère et le nourrisson.


"Le précurseur du miroir, c'est le visage de la mère." (Donald W. Winnicott)

C’est quoi une mère suffisamment bonne (Good enough mother) ?


La Mère suffisamment bonne (Good enough mother) est un concept winnicottien développé dans un article datant de l’année 1953. Globalement on pourrait dire que la Mère suffisamment bonne est celle qui sait donner des réponses équilibrées aux besoins de l’enfant.


Winnicott oppose la « good enough mother » à une mère qui serait « trop bonne » en répondant trop aux besoins de l’enfant, ce qui ne permettrait pas à l’enfant de trouver ses propres ressources face à l’expérience du manque. C’est la capacité de trouver ses propres réponses face à des situations de frustration qui permet à l’enfant de devenir progressivement autonome et de se séparer psychiquement de la mère.


À l’inverse, si la mère n’est pas assez bonne, l’enfant n’acquiert pas une sécurité interne suffisante pour devenir autonome. Il reste alors dans une dépendance affective avec un besoin permanent d’une présence effective de son objet d’amour.


Ainsi avec la Mère suffisamment bonne, Winnicott introduit l’idée d’une réponse (maternelle) qui doit être équilibrée, suffisante, mais pas débordante.


Pour aller plus loin :

La mère suffisament bonne, Donal Winnicott, 2006, Editions Payot

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