• Elisa Azogui-Burlac

Témoignage :“Du jour au lendemain c’est devenu une évidence : j’allais faire un enfant seule."

Updated: Nov 7

J. avait 33 ans quand elle a décidé de faire un enfant seule car son désir d’enfant était plus important que celui de fonder une famille à deux. 8 ans plus tard, son fils a aujourd’hui deux ans mais le chemin a été long pour devenir ce qu’on appelle aujourd’hui une maman solo. Pour Mamantalite.com, elle revient sur son parcours PMA et sur son expérience de maternité, entre fierté et difficultés.



Comment as-tu décidé de faire un enfant seule ?


J'ai décidé de faire un enfant seule à 33 ans. J’étais célibataire et j'avais vraiment très envie d'avoir un enfant et surtout j'étais très inquiète à l'idée de pas en avoir. Et une gynéco m'avait dit que ça commençait à être limite et qu'il fallait que je me presse. Je me rappelle, elle m'avait dit comme ça « Va falloir vous dépêcher Mademoiselle ». A la suite de quoi, une autre gynéco m’a expliqué que je pouvais faire de la PMA (procréation médicalement assistée). Du jour au lendemain, c’est devenu une évidence pour moi : j’allais faire un enfant seule.


Quel est ton parcours PMA ?


J’ai commencé par des inséminations en Belgique qui ne se sont pas bien passées. Et ça m'a pris quasiment 6 mois. Ensuite, j'ai fait une pause d'un an et demi parce qu’entre les échecs et la stimulation ovarienne j’étais épuisée et ça avait été difficile. Finalement, on m’a recommandé de faire une FIV (Fécondation In Vitro) parce que c’est plus efficace et que du coup c’est moins coûteux financièrement et psychologiquement. Et on m’a conseillé d’aller en Espagne parce qu’ils sont à la pointe de la PMA. C’est allé très vite. Entre le moment où j’ai téléphoné à la clinique de Valence et ma première ponction, il n’y a eu que quatre mois. Après j’ai mis deux ans tomber enceinte. C’est-à-dire deux FIV et 5 transferts*.



La première FIV, j’ai fait 4 transferts dont un qui n’a pas marché et trois fausses couches. C’était vraiment difficile donc j’ai décidé de refaire une FIV mais cette fois avec DPI** pour mettre toutes les chances de mon côté et dès le premier transfert, je suis tombée enceinte et ça a marché.


*Le transfert embryonnaire est le dernier acte médical d'une procédure d'assistance médicale à la procréation. Il consiste à placer au fond de la cavité utérine le(s) embryon(s) qui se sont développés en laboratoire, suite à une fécondation in vitro.


**Le diagnostic préimplantatoire ou DPI, aussi appelé PGT-M ou PGT-SR, consiste à analyser le patrimoine génétique d'un embryon obtenu par fécondation in vitro, avant son transfert in utero, afin d'éviter la transmission d'une maladie génétique présente chez les futurs parents.


En savoir plus : Quelle est la différence entre insémination et FIV ?


Et se retrouver enceinte après un tel parcours ?


Au début, j’étais très inquiète, après toutes ces fausses couches, je craignais qu’il décroche. Donc je n’étais vraiment pas tranquille et j’attendais le drame. Mais en fait, après le premier trimestre, quand on voit le bébé, malgré une inquiétude qui reste, on se dit que ça va aller. Mais moi je n’ai pas vécu la grossesse comme un moment magique ou formidable. J’étais très contente quand je sentais le bébé bouger mais sinon je n’ai pas eu une grossesse facile, je ne pouvais pas marcher. J’avais vraiment hâte qu’il naisse. Ce que je voulais c’était rencontrer mon bébé dans la vraie vie.


Que manque-t-il quand on vit une grossesse seule ?


Les femmes enceintes détestent qu’on leur touche le ventre mais étrangement quand tu sens ton bébé bouger pour la première fois tu as envie que quelqu’un d’autre le sente aussi. Finalement, quand on est mère seule, ce ne sont pas des moments qu’on partage. Je pense que beaucoup de choses de la grossesse sont des moments de partage en couple. Et sinon, quand j’ai dû gérer mon déménagement enceinte, je me suis dis que ça aurait été beaucoup plus simple à 2. Mais à part ça, j’étais très contente et je n’ai pas vécu comme douloureux de vivre ma grossesse seule.


C’est quoi une maman solo ? Est-ce que tu t’identifies à cette expression ?


Pour moi une maman solo, c'est vraiment la femme qui a décidé à partir de 35- 38 ans de faire un enfant seule. Ce n’est pas une mère célibataire. Et je suis clairement une maman solo. Après c’est un terme fun, il y a un côté sympathique, qui est vrai parce que c’est totalement assumé quand on est dans cette démarche. Mais il y a aussi un côté mode qui me dérange, même si c'est vrai qu'il va y en avoir de plus en plus à mon avis dans les prochaines années. Mais ça ne montre pas les côtés négatifs.


C'est toute l'ambivalence, c'est-à-dire que c'est vrai, c'est assez exceptionnel d'être une maman solo dans le sens où tu es dans un rapport très privilégié à ton enfant et c’est toi qui gères ta vie et tu n’as personne avec qui faire des compromis surtout le soir après une journée de travail, je fais ce que je veux. Pour le dire simplement, je n’ai pas les enjeux du couple à gérer.


Mais en même temps, c’est aussi la lourdeur de prendre des décisions et des responsabilités seule. Parce que même si tu es entourée, chaque décision est lourde de responsabilité et ça c’est très angoissant de se sentir seule à tout porter. Et même si je suis entourée, au fond je suis la seule en charge et je n’ai personne sur qui me reposer complètement.


Mais je n’ai pas eu de déception. C’est ce que j’avais envie de vivre et ça correspond à ce que je m’imaginais de la maternité et de la relation avec mon fils. Je n’ai pas de regret. Aucun. Si j’avais pu faire autrement peut-être que j’aurais fait autrement parce que oui dans l’idéal c’est plus facile de faire un enfant avec quelqu’un. Mais moi, dans mon parcours, dans ma situation, je suis très contente d’avoir fait ce choix. Et je ne peux pas regretter d’avoir fait un enfant. Quand on fait cette démarche, c’est tellement réfléchi, c’est tellement pensé, et c’est tellement laborieux qu’on ne peut pas être déçu. C’est très riche comme expérience parentale.


Quelles sont les difficultés de la maternité solo ?


Le rapport au travail, je trouve ça compliqué. Les premières années en crèche avec les maladies ont été difficiles car je ne pouvais pas aller travailler. Surtout, ce n’est pas simple de trouver la personne a qui tu vas laisser ton enfant avec 40 de fièvre quand il est petit.


Et puis sinon, il y a la solitude. Surtout quand tu fais un enfant suite à une vie de celibat, c’est un changement de rythme qui est radical. Tu passes d’une vie où tu sors tout le temps, tu vois beaucoup de monde à être seule avec ton enfant le soir et les week-ends. Ne pas avoir la liberté de sortir le soir en laissant ton enfant à « son père » n’est pas facile à vivre. Il faut aussi anticiper et pouvoir payer une baby-sitter pour chaque sortie, ce qui, quand on est seule, peut être lourd à porter. Même si je n’ai aucun regret, ce n’est pas toujours facile d’être seule.


Et c’est pareil pour les vacances, avant j’étais flexible, je pouvais suivre les autres. Ce n’est plus le cas. Donc je suis très dépendante des autres mais avec les contraintes d’une jeune maman avec un bébé et ça ce n’est pas évident. Je trouve que la vie de famille en couple permet de s’échapper du quotidien plus facilement.


Moi je n’ai pas envie de reprendre ma vie d’avant mais je m’imaginais une vie plus familiale avec mes amies. J’ai vu toutes mes amies de toutes les générations avoir des enfants donc je voulais faire partie de ça. Je pensais vraiment que dès que j’aurais un enfant, on serait alignées et qu’on allait être tout le temps ensemble avec nos gosses. Et en fait non. Est-ce que ce sont les écarts d’âges des enfants ? Les maladies à répétition qui te font annuler chaque projet? Le fait que mes amies soient pour la plupart en couple ? Ou qu’elles voient leurs familles respectives ? C’est sûrement un peu de tout ça mais je ne l’avais vraiment pas anticipé donc ça a été une désillusion. Ça changera sûrement quand mon fils sera plus grand aussi.


Et les grandes fiertés d’être une maman solo ?


Je suis fière de voir que mon fils va bien, qu’il est épanoui et heureux. C’est une énorme fierté. Et de voir que j’y arrive, que je gère. Mais c’est sûrement propre à toutes les mères. Je suis très fière de mon fils, je suis très fière de tout ce que je fais tous les jours pour lui. Je suis très fière de moi, vraiment.


J’écoutais le podcast de France Inter Mère solo : j'ai décidé d'élever mon enfant seule qui disait que les mères seules avaient tendance à moins demander d’aide. Et c’est vrai parce qu’il y a une forme de culpabilité à en demander. Je me dis souvent que je dois montrer que j’assume et il y a une part d’égo en mode « je peux gérer » et aussi un côté où je ne veux pas montrer mes faiblesses. Je ne veux pas qu’on me dise « Tu t’attendais à quoi ? ».


Qu’est-ce qui te manque le plus aujourd’hui ?


De l’argent (elle rigole), ce serait plus facile si j’étais très riche. Mais plus sérieusement, je n’ai jamais renoncé à l’idée de rencontrer quelqu’un, du coup aujourd’hui qui aurait des enfants. J’aimerais vraiment construire une famille pour mon fils. J’ai grandi avec deux sœurs donc pour moi c’est très important et à la base je voulais plusieurs enfants, ce qui n’est plus possible mais c’est un regret donc j’espère que je vais réussir à rencontrer quelqu’un. Parce que bien évidemment que nous sommes une famille avec mon fils, mais une famille à deux c’est une petite famille.


Un conseil pour les femmes qui sont dans cette démarche ou y pensent ?


Je suis très sollicitée par des femmes qui ont plus de 35 ans et qui sont seules et sans enfants et qui pensent à se lancer dans ce projet. Certaines ont fait congeler leurs ovocytes par exemple. Elles recherchent avant tout un partage d’expérience sur la PMA et sur la gestion du quotidien avec un enfant.


Le seul conseil que je donne, mais qui n’est pas forcément compréhensible quand tu te lances en PMA, c’est de faire directement une FIV et de ne pas passer par les inséminations. Parce qu’il vaut mieux mettre tout de suite toutes les chances de son côté et que psychologiquement et financièrement c’est beaucoup moins coûteux..


Et sinon, ce que je dis mais ça vaut sûrement pour toutes les mères, toutes les maternités, c’est que « tout moment compliqué passe ». C’est beaucoup d’épreuves mais surtout beaucoup de joie.


Quel est le regard des autres sur ta situation ?


Quand je me suis lancée, je n’ai pas eu de commentaires négatifs de la part des femmes qui étaient plutôt inquiètes sur le côté pratique pour moi que choquées. Elles se demandaient comment j’allais m’en sortir seule. Par contre certains hommes l’ont pris assez mal, voire très mal. C'était les débuts de la PMA et ce n'était pas encore courant en France. Je me suis prise des réflexions assez violentes comme « tu trouves pas ça égoïste ?», « Tu ne penses pas qu’un enfant a besoin d’un père ! » Comme si ce n’était pas déjà des questions qu’on se posait tous les jours quand on se lance dans un tel projet.


Quand on décide de faire un enfant seule, il y a beaucoup de culpabilité. On se dit quand même qu’on va priver notre enfant d’un père et qu’en plus on lui offre une histoire complexe. Moi j’ai ressenti beaucoup de culpabilité. Mais après, à ceux qui sont contre je leur dis de venir voir mon fils qui est très épanoui. A part à lui, je n’ai de compte à rendre à personne.


Mais attention, je ne fais pas la promotion de ce modèle, je ne dis pas que c’est mieux. Je pense que c’est plus facile de faire un enfant à deux. Et je ne veux pas du tout opposer les deux modèles. Je dis simplement qu’on fait ce qu’on peut. Il y a quand même un problème dans notre société qui fait que de nombreuses femmes se retrouvent seules après 35-38 ans sans pouvoir fonder une famille. Aujourd’hui, on leur offre cette possibilité de faire un enfant seules, je ne vois pas pourquoi elles s’en priveraient !


Un livre que tu lis à ton fils qui vous ressemble ?


Je suis né de l’amour de ma Maman, un conte sur l’aventure d’une famille monoparentale - Laura Cadenas Zamora (Auteur), Ángela Zamora Saiz (Auteur), Alana García Ortega (Illustrations). J’aime ce livre car il montre qu’une famille ça s’entend aussi au sens large et que ça peut inclure tous les gens qui nous entourent et qu’on aime.


Chiffres clés PMA (de l’Agence de la biomédecine) :


  • Le décret d’application de la PMA pour toutes a été publié au Journal officiel le 29 septembre 2021

  • Depuis l’ouverture de la PMA pour toutes, 53% des demandes émanent de femmes seules (chiffre qui vont jusqu’au 31 mars 2021)

  • Plus de 11000 demandes ont été faites alors que le gouvernement en prévoyait 3000


Aller plus loin : Ecouter le podcast Nathanaël n'a qu'une maman


Dans la famille de Nathanaël, il y a la maman, la nannie, le papi, les tatas et tous les autres mais de papa, il n’y en a pas !





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